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    75 000 ha d’agroforesterie, 23 000 bénéficiaires : Le projet carbone paie pour préserver les forêts

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    By Christian Aka on août 17, 2026 Actu DD

    Face à cette hémorragie verte, une réponse innovante émerge : le Projet de Paiement des Réductions d’Émissions (PRE) autour du Parc National de Taï.

    Linfodrome : Outre la Banque mondiale, quels sont les autres partenaires techniques et financiers du PRE ? Comment s’organise la coordination avec entre le ministère de l’Environnement et les autres structures publiques ?

    Eric Konan : A ce jour, en plus de la Banque mondiale, un contrat d’achat pour une portion des émissions réduites du projet PRE a été conclu avec le partenaire EMERGENT qui agit pour le compte de plusieurs pays et entreprises engagés dans la lutte contre les changements climatiques.

    Côté institutionnel national, la coordination est assurée par le MINETE, qui exerce la tutelle du programme avec ses partenaires dont je vais citer quelques-uns notamment la SODEFOR qui assure la gestion des forêts classées, l’OIPR qui assure la gestion des Parcs et réserves, la Fondation pour les Parcs et Réserves de Côte d’Ivoire qui le gestionnaire du mécanisme de paiement aux bénéficiaires.

    Linfodrome : La Côte d’Ivoire est passée de 16 millions d’hectares de forêts au début des années 1960 à moins de 3 millions aujourd’hui. Le projet PRE contribue-t-il directement à inverser cette tendance ? Avec quels résultats concrets ?   

    Eric Konan : En effet le projet contribue à inverser directement cette tendance dans la mesure où il a contribué au changement de pratiques sur le terrain. Les populations se détournent de plus en plus de la déforestation au profit d’activités de préservation, de conservation et de restauration des forêts. Cela s’illustre par les nombreuses superficies qui ont été enregistrées dans la zone du projet au cours de la période avant 2021 dont certaines ont déjà fait l’objet de paiement.

    Ce sont (i) plus de 75 000 ha d’agroforesterie, (ii) plus de 1 100 ha de reboisement, et (iii) plus 3 600 ha de forês sous statut de conservation.

    Linfodrome : La préservation de la biodiversité est un enjeu majeur autour du Parc national de Taï. Comment le projet concilie-t-il les objectifs de réduction des émissions et ceux de protection des espèces et des écosystèmes ?

    Eric Konan : Le Parc National de Taï est l’un des plus grands massifs de forêts primaires denses d’Afrique de l’Ouest, avec une biodiversité exceptionnelle. Le PRE ne se limite pas à un objectif de comptabilisation carbone : en contribuant à la réduction de la pression agricole en périphérie du Parc, il contribue directement à le protéger. En plus, les superficies de forêts conservées, y compris les zones de régénération naturelle, constituent un cobénéfice direct pour la biodiversité, au-delà du seul objectif climatique.

    L’ensemble du programme est encadré par des sauvegardes environnementales et sociales alignées sur les Normes relatives à la conservation de la biodiversité, aux peuples et communautés locales, et à la mobilisation des parties prenantes. Ce qui garantit que la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne se fait pas au détriment des écosystèmes ou des droits des communautés.

    Linfodrome : Le PRE repose sur la mobilisation des communautés villageoises. Comment les populations locales sont-elles associées à la conception et à la mise en œuvre des activités ?  

    Eric Konan : Le mécanisme de partage des bénéfices place les communautés au cœur du dispositif. En effet, 50 % des revenus mobilisés sont alloués aux communautés locales dites bénéficiaires directs. Mais leur mobilisation va au-delà du financement : elle repose sur des principes de consultation et de consentement libre, informé et préalable de ces communautés avant toute activité les concernant. Sur le terrain, ce sont les chefs de village, gardiens de la mémoire et de la coutume, les chefs de terre, garants du patrimoine foncier, la jeunesse, qui assure la surveillance quotidienne des forêts, et les femmes, porteuses de la vision d’une forêt préservée pour les générations futures, qui portent collectivement ces décisions.

    L’exemple de ce jour l’illustre bien. Les communautés de Gnato, de Bliéron et de Pimé ont choisi, de manière participative et volontaire, non seulement de préserver plus de 1000 ha de forêt, mais aussi l’usage des fonds perçus pour la mise en œuvre de projet dans les domaines de l’aviculture, la porciculture et la pisciculture au bénéfice de l’ensemble de la population de leurs villages.

    Linfodrome : La notion de crédits carbone et le mécanisme REDD+ sont des concepts relativement techniques. Comment les villageois parviennent-ils à s’approprier ces enjeux ? Quels dispositifs de formation et de sensibilisation ont été mis en place ?  

    Eric Konan : L’appropriation passe moins par l’explication technique du mécanisme carbone que par sa traduction concrète à travers des activités sur le terrain. (i) La formation et la sensibilisation à la mise en œuvre d’activités de reboisement, d’agroforesterie ; (ii) le financement de projet de reboisement et d’agroforesterie ; (iii) un chèque, un versement mobile money, une filière porteuse financée. C’est cette traduction en bénéfices tangibles qui rend le mécanisme REDD+ compréhensible et crédible pour les communautés.

    Du point de vue dispositif, le programme s’appuie sur un Mécanisme de Gestion des Plaintes (MGP) à plusieurs niveaux, des processus de consultation et de consentement préalable, des agents de terrain et des points focaux communautaires pour assurer un accompagnement continu, et des dispositifs pratiques pour lever les obstacles à l’accès aux paiements. Par exemple un centre d’appel a été mis en place au cours de l’année 2025 pour joindre et accompagner les bénéficiaires difficiles à contacter ou sans pièce d’identité.

    Linfodrome : Quels sont, à ce jour, les chiffres des paiements effectivement versés aux bénéficiaires au titre de la réduction des émissions de carbone ? Ces paiements ont-ils changé les pratiques agricoles et forestières ?

    Eric Konan : À ce jour, plus de 23 000 bénéficiaires directs, c’est-à-dire les communautés locales, ont déjà reçu des paiements directs par mobile money, pour un montant d’environ 2,8 milliards F CFA. Il est important de noter que 10% de ces bénéficiaires sont des femmes. En plus, les structures techniques de l’administration publique et les collectivités qui accompagnent les communautés locales dans la mise en œuvre de leurs activités et qui elles aussi gèrent les forêts ont perçus des paiements à hauteur d’environ 7 milliards F CFA.

    Sur la question du changement de pratiques, le signal le plus parlant est celui du choix opéré par des communautés elles-mêmes de constituer une réserve naturelle plutôt que convertir la forêt en terres agricoles, à un moment où cette conversion reste, pour beaucoup, la voie la plus rapide vers le revenu. Ou de pratiquer de l’agroforesterie et cela grâce à des années de sensibilisation et aussi à l’effectivité des incitations des paiements carbones.

    Source : www.linfodrome.com

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    Christian Aka

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